CONSTRUCTEUR DE CHALET EN HAUTE SAVOIE

Le chalet est un bâtiment rural des régions de montagnedont le bois est l’élément essentiel2. En Suisse romande, ce terme désigne aussi l’édifice où l’on fabrique le fromage en été dans les hauts alpages. Dans certaines vallées du Valais, il peut s’agir du pâturage lui-même. Dans le Haut-Jura, le mot désigne la fromagerie, et en Savoie, une maison d’alpage (habitation permanente)3.

Peu à peu, le terme, glissant de la pierre aux matériaux ligneux, a pris des significations diverses pour décrire des édifices qui peuvent être très variés, mais réalisés en bois (traditionnellement construits en madriers, comportant un toit en forte saillie, couvert de bardeaux et de pierres pour retenir la neige)4,5. Au xixe siècle et au xxe siècle, sous l’influence du tourisme, l’appellation « chalet » s’est répandue dans l’ensemble du monde occidental. Ainsi, en Amérique du Nord, chalet peut définir une simple maison de campagne ou même une résidence au bord de la plage. Voir aussi les Belton Chalets dans le Montana américain

En altitude, les chalets d’alpage sont le plus souvent en pierres, matériau aisément disponible sur place.http://laveauto.fr

Dans l’ancien comté de Gruyère, la fabrication de gros fromages à pâte dure, dès le xvie siècle, induit la construction de vastes chalets en maçonnerie couverts de toits à quatre pans. « Murs blancs, toit de bardeaux », chante dans Le Vieux Chalet l’abbé Bovet, décrivant les bâtiments qui ponctuent les hauts pâturages des Préalpes.

Dès le début du xviiie siècle, des fromagers gruyériens vont pratiquer leur art dans le Jura vaudois et en Franche-Comté. Ils y amènent aussi l’architecture fonctionnelle de leur région d’origine, le chalet : celui-ci comprend des écuries où rassembler les vaches pour les traire, une chambre à lait dans l’angle le plus frais de l’édifice pour écrémer le lait du soir, la fromagerie avec le creux du feu et la grande chaudière en cuivre, une cave pour affiner les fromages ; les vachers dorment simplement au-dessus de l’écurie14.

Le mot chalet apparaît aussi dans certains lieux-dits du Jorat pour des clairières défrichées à la fin du Moyen Âge, comme Le Chalet-à-Gobet(Lausanne) ou le Chalet d’Orsoud (Corcelles-le-Jorat). Au xixe siècle, le terme peut désigner des laiteries édifiées dans les villages pour faire du fromage aussi en hiver15.

« Aller au chalet » signifie travailler à l’alpage de fin mai à début octobre. La montée se fait par étapes en fonction de l’avancement de la végétation, et la descente aussi, pour brouter l’herbe qui a repoussé. Les bâtiments des phases intermédiaires sont souvent construits en madriers. On peut les appeler chalets vu leur intégration aux alpages. On peut aussi hésiter, car certaines de ces maisons étaient habitées quelque temps en début d’hiver, on y revenait avec du bétail afin que celui-ci mange le foin engrangé, avant que les machines agricoles ne permettent de transporter le fourrage à la maison, c’est-à-dire l’habitation principale

Groupées en villages ou dispersées dans les prés, les belles maisons en madriers de l’Oberland bernois et des Préalpes vaudoises ont impressionné les premiers touristes dès la fin du xviiie siècle. Souvent, ils les ont improprement nommées chalets, induisant dès lors l’association erronée du chalet à l’architecture de bois. Ces affirmations aussi péremptoires que fausses assénées par des citadins ont influencé les paysans eux-mêmes, qui les ont reprises au détriment de leur propre langage et de la richesse de leur culture traditionnelle.

 

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